Voilà trois jours que je n'arrête pas d'écrire.
Des phrases, des bouts de poèmes, des lettres.
Tous ces mots me paraissent vides, inutiles, alors j'arrête et je recommence.
Je ne trouverai pas le texte parfait, celui capable de soulever des montagnes, alors à quoi bon.
Se libérer peut-être un peu de la pression,
évacuer ce trop-plein qui ne semble jamais laisser place au vide,
parce qu'au fond y'a bien trop de choses et qu'on a tendance même à en rajouter.
Alors je me contente de coucher des mots, parfois sans queue ni tête,
parce qu'ils veulent sortir tout simplement.
Esquissons un sourire, mâchoires serrées
pour éviter que la boule au fond de la gorge ne vienne obstruer notre langage.
Fumer, comme ça, style de rien, comme un jour comme les autres,
pour faire redescendre les larmes jusqu'au c½ur.
Fumer, et penser aux prochains mots qui vont sortir,
comme un discours pathétique tel le chanteur au coin de la rue un peu bourré
que personne n'écoute et qui dérange presque.
Parce que les gens n'aiment pas se voir ternir leur bonheur par quelqu'un de malheureux.
Ça pourrait tâcher leurs nid douillet qu'ils se sont concoctés.
Parce que oui, à la fin c'est chiant quelqu'un qui déprime, même si il ne dit rien, il fait la gueule.
Parce que tous les mots prononcés, toutes les phrases bateaux ne servent à rien.
Oubliez-les, on se force à sourire pour vous faire plaisir.
Croyez pas que ça nous réconforte.
Je vois pas comment « une de perdue, dix de retrouvées » pourrait réconforter.
C'est celle qu'on a perdu qu'on veut, pas une autre, fourrez vous ça dans le crâne et passons à autre chose.
Les gens s'excusent de ne pas trouver les mots pour qu'on aille mieux.
Mais y'a rien à dire, et tout le monde le sait. C'est un peu hypocrite tout ça au fond.
Alors c'est drôle de les voir chercher leurs mots,
et de les voir ensuite te rappeler à quel point t'es malheureux tout seul.
Pourtant c'est si logique. Mais non, pas pour eux.
Enfin bref, le monde tourne encore sauf pour nous.
Y'a un moment où faut arrêter de déconner,
on sait qu'il y a bien pire mais là c'est de notre c½ur qu'on parle.
Gorgé de sang salé, il bat à contre c½ur, parce qu'il n'y a plus d'envie.
Le temps ne fait pas toujours tout.
Personne ne peut dire à notre place, « t'inquiète pas ça passera avec le temps ».
Le temps dans ce cas-là n'est pas notre ami.
A part pour une happy end, mais on ne peut jamais savoir si elle pointera le bout de son nez.
Il y a des blessures qui resteront ouvertes, jusqu'à ce que la personne vienne les soigner.
Et si elle ne vient pas, elles resteront jusqu'à la fin.
Parce qu'on sait que personne ne remplacera cet amour si profond.
On le sait quand c'est elle et personne d'autre.
Ce sont ses cheveux qu'on veut voir sur notre oreiller,
sa tête bougonne quand elle veut quelque chose,
ses jambes qui pèsent lourds sur nous la nuit.
Alors pourquoi aller chercher ailleurs une pâle copie de ce qu'on a perdu?
Pourquoi se voiler la face et ressentir un peu de chaleur à se mentir au lieu de vivre sa peine à son rythme?
Parce que rien n'y fera si c'est elle l'unique!
Ni même le temps, ni même les autres...
On est déjà bien assez malheureux tout seul, pour aller rendre quelqu'un d'autre malheureux en plus.
Le bonheur se vit, mais la tristesse aussi doit se vivre, pour éviter tout mensonge, toute corruption.
Alors, pendant le temps qu'il faudra,
on restera en quête de la phrase parfaite,
du poème parfait, de la lettre parfaite parce que l'on a perdu Notre Femme Parfaite...
Mélanie